Analyse approfondieIndustrie et commerce extérieur
Déficit commercial : énergie, compétitivité ou spécialisation ?
Du creux de 2022 au déficit de 2025 : quelle part revient au prix de l'énergie, au change, à l'appareil productif ?
Version 2026.1 · Données publiques arrêtées au 30 septembre 2026 · 9 séries du catalogue · Read this analysis in English
La question
En 2025, la France a importé plus de biens qu'elle n'en a exporté pour −53,7 Md€, selon les comptes nationaux diffusés par Eurostat — après un creux historique de −131,8 Md€ en 2022. Les Douanes, qui mesurent les mêmes échanges avec d'autres conventions, annoncent −69,2 Md€ pour 2025 : cette page explique d'abord pourquoi les deux chiffres diffèrent, avant de répondre à la question qui compte.
Cette question est celle de la cause. Le déficit s'est réduit de 78,1 Md€ entre 2022 et 2025 : est-ce le prix de l'énergie qui retombe, le change qui aide, ou l'appareil productif qui regagne du terrain ? Sans la ventilation par produit, on ne peut pas trancher ; cette page la mobilise.
Ce que montrent les données
Deux mesures, un même commerce. Les Douanes comptent les marchandises qui franchissent la frontière : 614,7 Md€ d'exportations et 703,6 Md€ d'importations en 2025, ces dernières évaluées « coût, assurance, fret » (CAF), c'est-à-dire transport compris jusqu'à la frontière française. Le solde CAF/FAB — importations CAF, exportations « franco à bord » (FAB) — est de −88,9 Md€ ; ramené en FAB/FAB, il est de −69,2 Md€. Les comptes nationaux partent de ces flux et les corrigent pour ne retenir que les changements de propriété entre résidents et non-résidents, ce qui exclut notamment le négoce international et certains flux sans transfert de propriété : −53,7 Md€. Aucun des trois chiffres n'est faux ; ils ne mesurent pas la même chose.
Sur longue période, le solde des biens des comptes nationaux a été excédentaire de 1992 à 2003 — jusqu'à 29,9 Md€ en 1997 — puis déficitaire chaque année depuis 2004, en moyenne de −41,2 Md€ entre 2010 et 2019. Le choc de 2022 (−131,8 Md€, soit −5,0 % du produit intérieur brut) est deux fois plus profond que le précédent record de 2011 (−60,3 Md€). En 2025, le déficit vaut −1,8 % du PIB.
Graphique 1 sur 1 · milliards d'euros · Période 1975-2025
Solde des échanges de biens depuis 1975 (comptes nationaux)
Où se situe 2025 entre le creux de 2022 et la décennie d'avant ?
Lecture
- Solde des biens
Ce qu'il faut voir
- Un déficit continu depuis 2004, avec deux creux : 2011 et, deux fois plus profond, 2022.
- Le rebond de 2023-2025 ramène le solde vers sa moyenne de 2010-2019, pas au-dessus.
Ce que cela ne signifie pas
- Ce n'est pas le chiffre des Douanes : les comptes nationaux corrigent les flux frontaliers pour ne retenir que les changements de propriété.
Limites · Comptes nationaux (Eurostat), biens seulement ; 2025 provisoire. Source · Eurostat — GDP and main components (nama_10_gdp), poste P61X71
Ce qui a changé
L'énergie explique l'essentiel du mouvement. D'après l'analyse annuelle 2025 de la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI), les approvisionnements énergétiques de la France ont coûté 71,8 Md€ en 2025, en baisse de −15,7 % sur un an, après −33,1 % en 2023 et −17,6 % en 2024 — un recul dû aux prix, et qui laisse pourtant la facture 14 % au-dessus de son niveau de 2019. Le solde des seuls biens énergétiques s'est amélioré de 11,2 Md€ en 2025, davantage que le solde total.
Hors énergie, le tableau est moins favorable : le solde manufacturier s'est dégradé de −2,4 Md€ en 2025, tiré vers le bas par l'agroalimentaire (−4,0 Md€) et la chimie, malgré une année exceptionnelle de l'aéronautique (67,9 Md€ d'exportations, +18,3 %). Le solde FAB/FAB reste 11,1 Md€ en dessous de son niveau de 2019 : la crise énergétique est résorbée, l'écart structurel ne l'est pas.
Les relations visibles
Ce que l'on ne peut pas affirmer
La ventilation douanière est celle d'une seule année, 2025, lue dans une publication : cette page ne porte pas la série par produit sur vingt ans, et ne peut donc pas dire quelle part du déficit structurel d'avant 2022 était déjà énergétique. Elle établit la part de l'énergie dans le mouvement récent, pas dans le niveau.
Elle ne mesure pas la compétitivité-coût — coûts salariaux, productivité, marges à l'export — ni les échanges de services, excédentaires, qui compensent une partie du déficit des biens dans la balance courante. Un déficit des biens n'est pas un déficit de l'économie.
Enfin, les trois mesures du solde (Douanes CAF/FAB, Douanes FAB/FAB, comptes nationaux) sont toutes provisoires pour 2025 et seront révisées ; l'ordre de grandeur des écarts entre elles est stable, leur valeur exacte ne l'est pas.
Les événements qui éclairent la trajectoire
Où en sommes-nous
En 2025, le solde des biens est de −53,7 Md€ dans les comptes nationaux et de −69,2 Md€ chez les Douanes ; la facture énergétique est de 71,8 Md€, encore 14 % au-dessus de 2019 ; le solde manufacturier se dégrade. L'économie croît de 0,8 %, avec un taux d'emploi de 69,3 % en moyenne annuelle (69,0 % au deuxième trimestre 2026).
Ce que le lecteur peut en retenir
L'énergie explique le creux de 2022 et l'essentiel du redressement qui a suivi ; le change l'a aggravé en 2022 par le dollar et le grignote depuis par le yuan ; la spécialisation explique le niveau du déficit hors énergie, qui ne se réduit pas. Trois causes, trois horizons : la première est conjoncturelle, la seconde monétaire, la troisième structurelle.
Ce que le lecteur peut retenir : le déficit commercial français n'est pas un chiffre mais trois, et sa réduction depuis 2022 est une bonne nouvelle énergétique qui ne dit rien de la compétitivité. Le compte donne accès au croisement complet : termes de l'échange, change, déficits jumeaux, spécialisation, et la chronologie des chocs.
Sources et méthode
Chaque chiffre de cette page est lu dans une série publique identifiée, ou calculé depuis elle selon la règle indiquée. Les séries sont celles du catalogue de France ÉcoScan, confrontées à leur producteur et gelées à la date indiquée en tête de page.
- Solde extérieur des biens — Eurostat — GDP and main components (nama_10_gdp), poste P61X71 · ec.europa.eu
- Prix de l'électricité entreprises — Eurostat — Electricity prices for non-household consumers (nrg_pc_205) · ec.europa.eu
- Parité Euro-Dollar — Banque centrale européenne · data.ecb.europa.eu
- Parité Euro-Yuan — Banque centrale européenne · data.ecb.europa.eu
- Part de l'industrie (% PIB) — INSEE — comptes nationaux annuels, base 2020 · www.insee.fr
- Déficit Public — INSEE — comptes nationaux annuels, base 2020 · www.insee.fr
- Taux d'Emploi (15-64 ans %) — INSEE — enquête Emploi en continu · www.insee.fr
- Croissance PIB (%) — INSEE — comptes nationaux annuels, base 2020 · www.insee.fr
- PIB France (Milliards €) — INSEE — comptes nationaux annuels, base 2020 · www.insee.fr
Preuves éditoriales
- DGDDI, « Le chiffre du commerce extérieur — Analyse annuelle 2025 », 6 février 2026, données brutes, biens · www.douane.gouv.fr