Analyse publiqueIndustrie et commerce extérieur
La France se désindustrialise-t-elle encore ?
La part de l'industrie recule depuis 1981 : effet de structure ou repli des volumes, et que vaut la rupture de série de 2023 ?
Version 2026.1 · Données publiques arrêtées au 30 septembre 2026 · 4 séries du catalogue · Read this analysis in English
- Principaux indicateurs étudiés
- Part de l'industrie (% PIB)
- Production automobile (indice de volume)
- Solde extérieur des biens
- Parité Euro-Dollar
La question
En 1981, l'industrie représentait 20,7 % de la valeur ajoutée produite en France ; en 2025, 12,0 %. Entre les deux, la part a perdu plus de deux cinquièmes de son niveau de départ, selon les comptes nationaux de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE). Le terme de désindustrialisation désigne d'abord ce recul relatif.
Mais un recul relatif n'est pas un recul absolu, et la série porte une rupture en 2023 qui fait remonter la part de 10,8 % à 13,2 % sans qu'une usine ait rouvert. La question de cette page est donc double : la France produit-elle moins d'industrie, ou seulement moins en proportion ? Et que vaut la remontée récente ?
Ce que montrent les données
La part de l'industrie dans le produit intérieur brut (PIB) recule de 8,5 points de pourcentage entre 1981 et 2010, puis de 1,4 points seulement entre 2010 et 2022. Le gros de la désindustrialisation relative appartient aux années 1980-2000 ; à partir de 2010, la part se stabilise autour de douze pour cent, avec un point bas à 10,8 % en 2022.
L'indice de la production automobile — un secteur emblématique, pas l'industrie entière — raconte une histoire plus brutale. Base 100 en 2021, il culmine à 187,3 en 2004, tombe à 112,2 en 2009, se redresse jusqu'à 136,6 en 2019, s'effondre à 96,3 en 2020 et vaut 104,9 en 2025 : −44,0 % par rapport au sommet de 2004, −23,2 % par rapport à 2019.
Le solde des échanges de biens, tel que les comptes nationaux le mesurent, était excédentaire de 29,9 Md€ en 1997. Il devient déficitaire à partir de 2004, creuse un premier trou à −60,3 Md€ en 2011, puis un gouffre à −131,8 Md€ en 2022 sous l'effet des prix de l'énergie, avant de revenir à −53,7 Md€ en 2025.
Graphique 1 sur 3 · % du PIB · Période 1981-2025
Part de l'industrie dans la valeur ajoutée depuis 1981
Le recul de l'industrie se poursuit-il au même rythme ?
Lecture
- Industrie (énergie comprise), % du PIB
Ce qu'il faut voir
- Une pente régulière de 1981 à 2010, puis un plateau autour de douze pour cent.
- Le pic de 2023 est la valeur ajoutée de l'énergie, gonflée par les prix de l'électricité ; il se dégonfle en 2024-2025.
Ce que cela ne signifie pas
- Une part qui baisse n'est pas une production qui baisse : les prix industriels montent moins vite que ceux des services.
Limites · Industrie au sens des comptes nationaux (manufacturier, extractives, énergie, eau) ; rupture déclarée en 2023, série servie sans raccord ; 2025 provisoire. Source · INSEE — comptes nationaux annuels, base 2020
Ce qui a changé
La rupture de 2023 mérite d'être expliquée avant d'être interprétée. L'agrégat « industrie » des comptes nationaux réunit l'industrie manufacturière et la branche de l'énergie, de l'eau et des industries extractives. En 2023, la valeur ajoutée de cette seconde branche a bondi en valeur avec les prix de l'électricité, ce qui fait remonter la part de l'ensemble de 2,3 points en un an — puis redescendre à 12,5 % en 2024 et 12,0 % en 2025 à mesure que les prix se normalisent. La série est servie sans raccord, et cette page le dit : le saut de 2023 n'est pas une réindustrialisation.
Ce qui a réellement changé depuis 2010, c'est le rythme : la part n'a plus reculé que d'à peine un point et demi en douze ans, contre huit points et demi les trois décennies précédentes. Si la désindustrialisation relative se poursuit, c'est à une allure bien plus lente.
Les relations visibles
Le change n'explique pas la trajectoire. L'euro valait 0,90 dollar en 2001 et 1,47 en 2008, son sommet : l'industrie perdait alors des parts avec une monnaie chère. Mais il valait 1,11 en 2015 et 1,05 en 2022, bien plus bas, sans que la part de l'industrie remonte (12,3 % en 2015, 10,8 % en 2022). Une monnaie moins chère aide les exportateurs ; elle n'a pas inversé la tendance.
Le solde des biens et la part de l'industrie se sont dégradés ensemble entre 2000 et 2011, ce qui est cohérent : un pays qui produit moins de biens en importe davantage. Mais le solde dépend aussi du prix de l'énergie importée — c'est ce que 2022 montre à l'extrême, avec un déficit qui double en un an sans que l'industrie ait changé de taille.
Ce que l'on ne peut pas affirmer
Une part en valeur mêle deux choses : le volume produit et les prix relatifs. L'industrie produit des biens dont les prix montent moins vite que ceux des services ; sa part en valeur peut donc baisser alors que sa production en volume progresse. Cette page ne porte pas la valeur ajoutée industrielle en volume, et ne peut donc pas trancher entre « moins d'industrie » et « une industrie moins chère ».
L'automobile n'est pas l'industrie : c'est un secteur qui pèse une fraction de la valeur ajoutée industrielle, et dont le recul depuis 2004 tient aussi à la délocalisation de l'assemblage hors de France par des constructeurs qui restent français. L'aéronautique, la pharmacie ou l'agroalimentaire, non servies ici, ont d'autres trajectoires.
Enfin, les comparaisons internationales — la part de l'industrie en Allemagne ou en Italie — ne sont pas mobilisées : sans elles, on ne peut pas dire si le recul français est spécifique ou commun aux économies avancées.
Les événements qui éclairent la trajectoire
Trois dates. L'année 2004, quand le solde des biens bascule durablement dans le déficit après une décennie d'excédents, au moment où l'euro se renchérit et où la Chine entre pleinement dans le commerce mondial. L'année 2009, quand la production automobile perd plus du quart de son niveau en un an et ne le retrouvera pas. Et 2022, quand le prix de l'énergie importée fait du solde des biens le plus mauvais de la série, ouverte en 1975, avant un rétablissement partiel.
La rupture de 2023 dans la part de l'industrie est un événement statistique, pas économique : elle mesure la flambée de la valeur ajoutée de l'énergie, pas un retour des usines.
Où en sommes-nous
En 2025, la part de l'industrie est de 12,0 %, la production automobile à 104,9 (base 100 en 2021), le solde des biens à −53,7 Md€. Aucune des trois séries ne signale de réindustrialisation ; aucune ne signale non plus d'accélération du recul.
Ce que le lecteur peut en retenir
La France s'est désindustrialisée en proportion, massivement entre 1981 et 2010, lentement depuis. La remontée de 2023 est un artefact des prix de l'énergie, pas un retournement. L'automobile a subi un recul absolu ; l'industrie dans son ensemble, une érosion relative dont la part en volume n'est pas mesurée ici.
Le lecteur peut retenir que la question « se désindustrialise-t-elle encore ? » appelle une réponse en deux temps : oui, en part de la richesse produite, à un rythme désormais faible ; et l'on ne sait pas, en volume, sans les séries qui manquent à cette page. Ce que le déficit commercial doit à l'énergie, à la compétitivité et à la spécialisation est l'objet de l'analyse approfondie qui suit.
Sources et méthode
Chaque chiffre de cette page est lu dans une série publique identifiée, ou calculé depuis elle selon la règle indiquée. Les séries sont celles du catalogue de France ÉcoScan, confrontées à leur producteur et gelées à la date indiquée en tête de page.
- Part de l'industrie (% PIB) — INSEE — comptes nationaux annuels, base 2020 · www.insee.fr
- Production automobile (indice de volume) — Eurostat — Production in industry, annual data (sts_inpr_a) · ec.europa.eu
- Solde extérieur des biens — Eurostat — GDP and main components (nama_10_gdp), poste P61X71 · ec.europa.eu
- Parité Euro-Dollar — Banque centrale européenne · data.ecb.europa.eu