Analyse publiqueEmploi et salaires
Taux d'emploi record : jeunes, seniors, et ce qu'il cache
Le taux d'emploi des 15-64 ans n'a jamais été aussi haut : d'où vient la hausse et que ne dit-elle pas ?
Version 2026.1 · Données publiques arrêtées au 30 septembre 2026 · 4 séries du catalogue · Read this analysis in English
- Principaux indicateurs étudiés
- Taux d'Emploi (15-64 ans %)
- Taux d'Emploi Seniors (55-64 ans %)
- Taux d'Emploi Jeunes (15-24 ans %)
- Chômage au sens du BIT
La question
En 2025, 69,3 % des personnes âgées de 15 à 64 ans occupent un emploi en France, d'après l'enquête Emploi de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE). C'est le niveau le plus élevé de la série, qui commence en 1981 à 65,4 %. Au deuxième trimestre 2026, le taux est de 69,0 %.
Un record appelle deux questions. D'où vient-il — quelle catégorie d'âge a tiré la hausse ? Et que ne dit-il pas — combien d'heures, quels emplois, quelle part de la population en âge de travailler reste hors du marché ?
Ce que montrent les données
Le taux d'emploi de l'ensemble des 15-64 ans dessine un U très plat : 65,4 % en 1981, un creux à 60,8 % en 1994, 63,6 % en 2000, puis quinze années presque immobiles autour de soixante-quatre pour cent jusqu'en 2015 (64,6 %). La hausse est concentrée sur la dernière décennie : 4,7 points gagnés entre 2015 et 2025, dont 3,1 points depuis 2019.
Le taux d'emploi des 55-64 ans a fait tout autre chose. Il tombe de 47,0 % en 1981 à 29,7 % en 1998 — l'époque des préretraites — puis remonte presque sans interruption : 38,2 % en 2003, 41,0 % en 2010, 53,6 % en 2018, 61,7 % en 2025. Soit 23,5 points gagnés en vingt-deux ans : c'est de très loin le mouvement le plus ample de toute l'enquête.
Le taux d'emploi des 15-24 ans, lui, a longtemps baissé — de 45,8 % en 1981 à 27,6 % en 1997, à mesure que les études s'allongeaient — puis s'est stabilisé autour de trente pour cent pendant vingt ans. Il remonte depuis 2020 : 28,8 % en 2020, 34,6 % en 2022, 34,5 % en 2025.
Graphique 1 sur 2 · % de la tranche d'âge · Période 1981-T2 2026
Taux d'emploi des 15-64 ans, des 55-64 ans et des 15-24 ans depuis 1981
Quelle tranche d'âge a tiré le taux d'emploi vers son record ?
Lecture
- 15-64 ans
- 55-64 ans
- 15-24 ans
Ce qu'il faut voir
- La courbe des seniors : un V de quarante ans, creux à la fin des années 1990, doublement depuis.
- La courbe des jeunes : une longue baisse, vingt ans de plateau, un décollage en 2021.
- La courbe d'ensemble bouge peu ; sa hausse récente tient pour l'essentiel aux deux extrémités de la pyramide des âges.
Ce que cela ne signifie pas
- Un taux qui monte n'est pas un nombre d'heures qui monte : chaque personne compte pour un, quel que soit son temps de travail.
Limites · Enquête Emploi, séries longues rétropolées ; refonte de l'enquête en 2003 ; derniers points trimestriels provisoires. Source · INSEE — enquête Emploi en continu
Ce qui a changé
Deux mouvements récents expliquent le record. Le premier est l'emploi des seniors, qui gagne 7,2 points entre 2019 et 2025 dans le prolongement des réformes des retraites : chaque recul de l'âge de départ retient une cohorte de plus dans l'emploi. Le second est l'emploi des jeunes, qui bondit de 5,8 points en deux ans entre 2020 et 2022 — le rythme le plus rapide de la série pour cette tranche d'âge — au moment où les aides à l'embauche d'apprentis sont généralisées.
Le taux d'ensemble gagne 3,1 points sur la même période — moins que chacune des deux extrémités de la pyramide des âges. C'est compatible avec un taux d'emploi des 25-54 ans qui a peu bougé ; cette tranche n'est pas servie ici, et cette lecture reste une déduction, pas une mesure.
Les relations visibles
Le taux d'emploi et le chômage ne sont pas les deux faces d'une même pièce. Le nombre de chômeurs au sens du Bureau international du travail (BIT) était de 2,37 millions en 2003 et de 2,45 millions en 2025, après un maximum à 3,08 millions en 2015 : sur vingt-deux ans, il revient presque à son point de départ, pendant que le taux d'emploi gagne cinq points. La population active a grossi, l'emploi a grossi davantage, et le chômage a fini par se résorber sans disparaître.
L'emploi des seniors et celui des jeunes ne se font pas concurrence dans les données : les deux taux montent en même temps depuis 2020. L'idée qu'un senior qui reste en poste prend la place d'un jeune n'est pas ce que montrent ces séries — ce qui ne prouve pas qu'elle soit fausse à l'échelle d'une entreprise ou d'un métier.
Ce que l'on ne peut pas affirmer
Un taux d'emploi compte des personnes, pas des heures. Un apprenti, un salarié à temps partiel, une personne en activité partielle comptent chacun pour un emploi. Le record de 2025 est compatible avec un volume d'heures travaillées par personne qui n'a pas progressé — c'est précisément la question de l'analyse sur la productivité, qui n'est pas tranchée ici.
Le taux ne dit rien de la qualité des emplois — durée des contrats, niveau de salaire, adéquation aux qualifications — ni du sous-emploi subi. Il ne mesure pas non plus le halo du chômage : les personnes qui souhaitent travailler sans remplir les critères du BIT.
Enfin, la série a connu une refonte en 2003 (passage de l'enquête Emploi en continu) : le saut du taux des seniors entre 2002 et 2003 doit se lire avec prudence, même si les séries longues ont été rétropolées par l'INSEE.
Les événements qui éclairent la trajectoire
Les réformes des retraites jalonnent la courbe des seniors : 2003 (allongement de la durée de cotisation), 2010 (âge légal relevé de 60 à 62 ans), 2014, puis 2023 (âge légal porté vers 64 ans). Entre 2010 et 2018, le taux d'emploi des 55-64 ans gagne 12,6 points : la hausse la plus ample de la série sur une telle durée, de l'ordre de la chute des années 1980 prise à l'envers.
Pour les jeunes, l'événement est 2020 : l'aide exceptionnelle à l'embauche d'apprentis, prolongée ensuite, coïncide avec le décollage du taux d'emploi des 15-24 ans, après vingt ans de stabilité. Une part de cet emploi est un emploi en formation, ce qui compte dans le taux mais pas de la même manière dans la production.
Où en sommes-nous
Au deuxième trimestre 2026, le taux d'emploi des 15-64 ans est de 69,0 %, celui des seniors de 62,1 %, celui des jeunes de 33,8 %. Le taux d'ensemble marque une pause par rapport à 2025 ; celui des seniors continue de progresser.
Ce que le lecteur peut en retenir
Le record est réel, et il a deux moteurs identifiables : les seniors, retenus dans l'emploi par les réformes des retraites, et les jeunes, entrés par l'apprentissage. Ce n'est pas un plein emploi au sens d'un chômage résiduel — le chômage reste autour de deux millions et demi de personnes — mais une mobilisation plus large de la population en âge de travailler.
Ce que le lecteur peut retenir : un taux d'emploi qui monte est une bonne nouvelle pour les comptes sociaux et pour les revenus, à condition de ne pas le lire comme une mesure de l'activité économique. Plus de personnes au travail ne signifie pas plus de production par personne — et c'est là que se joue la suite.
Sources et méthode
Chaque chiffre de cette page est lu dans une série publique identifiée, ou calculé depuis elle selon la règle indiquée. Les séries sont celles du catalogue de France ÉcoScan, confrontées à leur producteur et gelées à la date indiquée en tête de page.
- Taux d'Emploi (15-64 ans %) — INSEE — enquête Emploi en continu · www.insee.fr
- Taux d'Emploi Seniors (55-64 ans %) — INSEE — enquête Emploi en continu · www.insee.fr
- Taux d'Emploi Jeunes (15-24 ans %) — INSEE — enquête Emploi en continu · www.insee.fr
- Chômage au sens du BIT — Eurostat — Unemployment by sex and age, annual data (une_rt_a) · ec.europa.eu