Analyse publiqueEntreprises et investissement

Défaillances d'entreprises : rattrapage ou dégradation ?

Un record de défaillances en 2025 : rattrapage du gel de 2020-2021, ou fragilisation du tissu productif ?

Version 2026.1 · Données publiques arrêtées au 30 septembre 2026 · 7 séries du catalogue · Read this analysis in English

La question

En 2025, 68 524 entreprises ont fait l'objet d'une ouverture de procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire en France, selon la série de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) issue des jugements des tribunaux de commerce. C'est le chiffre le plus élevé depuis le début de la série en 1990 ; le record d'avant la crise sanitaire datait de 1993, avec 63 709 défaillances, et 2024 l'avait déjà dépassé.

La question n'est pas de savoir si le chiffre est un record — il l'est — mais ce qu'il mesure : le rattrapage d'entreprises maintenues en vie artificiellement pendant la crise sanitaire, ou une fragilisation réelle du tissu productif ? Les deux lectures n'appellent pas la même réponse.

Ce que montrent les données

De 1990 à 2019, la France a compté en moyenne 54 801 défaillances par an, dans une fourchette qui va de quarante-trois mille à soixante-quatre mille selon la conjoncture. Puis la série se casse : 31 217 en 2020, 27 582 en 2021 — le point bas historique, en pleine crise sanitaire — et 41 241 en 2022. Les aides d'urgence, les prêts garantis par l'État et le report des échéances fiscales et sociales ont suspendu la sélection habituelle.

Le rattrapage suit : 56 274 en 2023, 66 115 en 2024, 68 524 en 2025, soit +3,6 % sur la dernière année. En cumul, les trois années de gel (2020-2022) ont produit 64 363 défaillances de moins que la moyenne d'avant-crise ; les trois années de rattrapage (2023-2025) en ont produit 26 510 de plus. Le déficit n'est pas comblé : sur six ans, 290 953 entreprises ont défailli, soit 37 853 de moins que si le rythme moyen de 1990-2019 s'était simplement poursuivi.

Graphique 1 sur 3 · nombre de procédures ouvertes · Période 1990-2025

Défaillances d'entreprises par an depuis 1990

Le record de 2025 est-il hors norme, ou dans le prolongement d'un rattrapage ?

Lecture

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  • Défaillances d'entreprises

Ce qu'il faut voir

  • Trente ans d'oscillation entre quarante-trois mille et soixante-quatre mille, puis un trou en 2020-2021.
  • La remontée de 2022-2025 est la plus raide de la série : elle rattrape, puis dépasse.

Ce que cela ne signifie pas

  • Un record en nombre n'est pas un record en proportion : le nombre d'entreprises a augmenté de plus de moitié depuis 2009.

Limites · Jugements des tribunaux de commerce, date de jugement ; les cessations sans procédure n'y figurent pas. Source · INSEE — Banque de données macro-économiques, série 001656101

Ce qui a changé

Ce qui a changé, c'est le dénominateur. Le nombre d'entreprises actives est passé de 5 480 094 en 2019 à 5 615 765 en 2024, dans une série qui a changé de champ en 2021. Rapportées à ce stock, les 66 115 défaillances de 2024 représentent 1,18 % des entreprises — contre 0,93 % en 2019 et 1,80 % en 2009, au pire de la crise financière. Le taux de défaillance de 2024 est donc supérieur à celui de 2019, mais nettement inférieur à celui de 2009.

Ce qui a changé aussi, c'est la nature des entreprises : 1 165 795 créations en 2025, dont 758 542 sous le régime du micro-entrepreneur, soit 65 % du total. Une part importante de ces unités n'a ni salarié ni dette bancaire ; quand elles cessent, elles ne passent pas par un tribunal, et n'entrent donc pas dans le décompte des défaillances.

Les relations visibles

Les défaillances montent d'ordinaire quand l'activité recule et que les marges se compriment : en 2009, la contraction de −2,8 % et un taux de marge des sociétés non financières tombé à 30,6 % avaient porté les défaillances à 63 283. Rien de tel en 2025 : la croissance est faible (0,8 %) mais positive, le taux de marge est à 32,2 % — au-dessus de son niveau de 2019 (30,7 %) — et l'investissement des entreprises rapporté au produit intérieur brut (PIB), 12,3 % en 2024, dépasse lui aussi son niveau d'avant-crise (12,1 %).

Autrement dit, les indicateurs de santé moyenne des entreprises ne se sont pas dégradés au moment où les défaillances battent leur record. C'est ce décalage qui fait pencher la lecture vers le rattrapage : les entreprises qui défaillent en 2023-2025 sont, pour partie, celles que 2020-2022 avaient épargnées, pendant que la moyenne du tissu productif se portait plutôt bien.

Ce que l'on ne peut pas affirmer

Une moyenne se porte bien tandis qu'une queue de distribution souffre : le taux de marge et l'investissement décrivent l'ensemble des sociétés, pas les petites entreprises de la restauration, du bâtiment ou du commerce qui forment le gros des défaillances. Sans ventilation par taille et par secteur — publiée par la Banque de France, non servie ici — cette page ne peut pas dire si la dégradation est concentrée.

Le rattrapage ne se démontre pas par un cumul : que le total 2020-2025 soit inférieur à la tendance est compatible avec plusieurs histoires, dont celle d'entreprises fragilisées par la hausse des taux et des coûts de l'énergie depuis 2022. Les deux lectures coexistent probablement.

Enfin, le chiffre de 2025 est un décompte de procédures ouvertes, pas d'entreprises disparues ni d'emplois détruits : une procédure de sauvegarde ou de redressement peut aboutir à la continuation de l'activité.

Les événements qui éclairent la trajectoire

Trois épisodes structurent la série. La récession de 1993 porte les défaillances à leur ancien record. La crise financière les ramène à 63 283 en 2009, sans le dépasser. Et la crise sanitaire produit l'inverse d'une crise : un effondrement des défaillances en 2020-2021, parce que l'État a suspendu la contrainte de trésorerie qui les déclenche d'habitude.

Le régime du micro-entrepreneur, créé en 2009, a fait bondir les créations de 363 394 en 2008 à 864 557 en 2019 et 1 165 795 en 2025 : il a changé la population de référence, et donc le sens d'un nombre absolu de défaillances.

Où en sommes-nous

En 2025, 68 524 défaillances pour environ 1 165 795 créations : le solde reste massivement positif. Le taux de marge est à 32,2 %, la croissance à 0,8 %. Les données de 2026 diront si le rattrapage s'épuise ou si le niveau se maintient.

Ce que le lecteur peut en retenir

Le record de 2025 est d'abord un rattrapage : les trois années de gel ont retiré plus de défaillances que les trois années suivantes n'en ont ajouté, et le tissu productif dans son ensemble — marges, investissement — ne montre pas les signes d'une crise. Mais un rattrapage qui dure trois ans et dépasse les records antérieurs n'est plus tout à fait un rattrapage.

Ce que le lecteur peut retenir : le nombre absolu de défaillances est un mauvais thermomètre sans son dénominateur. Rapporté au nombre d'entreprises, le niveau de 2024 est élevé mais reste loin de 2009 ; c'est dans le détail par taille et par secteur, que cette page ne porte pas, que se joue la réponse définitive.

Sources et méthode

Chaque chiffre de cette page est lu dans une série publique identifiée, ou calculé depuis elle selon la règle indiquée. Les séries sont celles du catalogue de France ÉcoScan, confrontées à leur producteur et gelées à la date indiquée en tête de page.

  • Défaillances d'entreprises — INSEE — Banque de données macro-économiques, série 001656101 · bdm.insee.fr
  • Créations d'entreprises — INSEE — Banque de données macro-économiques, série 010755537 (répertoire Sirene) · bdm.insee.fr
  • Micro-entrepreneurs — immatriculations — INSEE — Banque de données macro-économiques, série 010755410 · bdm.insee.fr
  • Taux de marge des entreprises non financières (%) — INSEE — comptes nationaux annuels, base 2020 · www.insee.fr
  • Formation brute de capital fixe des entreprises (% du PIB) — Eurostat — Key indicators of national accounts (nasa_10_ki) · ec.europa.eu
  • Croissance PIB (%) — INSEE — comptes nationaux annuels, base 2020 · www.insee.fr
  • Entreprises actives — Eurostat — Business demography by size class (bd_size, règlement EBS) · ec.europa.eu

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